Premier vainqueur français sur la route du Tour 2012, Thibaut Pinot a répondu avec le sourire aux nombreuses sollicitations des médias. Benjamin de la Grande Boucle, le coureur de la FDJ, qui s'est imposé au terme de la 8e étape à Porrentruy dimanche, est revenu en détail sur sa journée à l'avant et sur le grand moment qu'il vient de vivre.
Thibaut, pouvez-vous nous raconter cette belle journée ?
Au briefing, ce n'était pas prévu que j'aille devant. Donc j'ai un peu désobéi. Les consignes, c'était de rester avec les leaders aujourd'hui. Mais quand j'ai vu que ça pétait de partout, je me suis dit: "Allez, on y va. Je suis aussi bien devant que derrière." Jérémy Roy était déjà devant et quand on l'a repris, il s'est sacrifié pour moi. Cette victoire, c'est un peu la sienne aussi.
Au départ, vous ne deviez pas faire le Tour. Quels arguments avez-vous trouvés pour convaincre Marc Madiot de vous engager ?
A la pédale ! Sur le Tour de Suisse, j'ai montré que je faisais partie des cinq ou six meilleurs dans les ascensions, j'aurais même pu faire un top 10. J'ai montré aussi que j'avais progressé dans mon placement et dans les descentes. J'étais sûr de mon coup.
Comment avez-vous géré les dix derniers kilomètres avant l'arrivée ?
Je connaissais tout le parcours, sauf la dernière montée et la descente. Je n'ai pas pris de risque, j'étais un peu dans le rouge donc je n'ai pas voulu faire de faute. Après, les dix derniers kilomètres, c'était tout plat avec un vent de face, et pour moi c'était très dur. Je n'avais qu'une minute d'avance sur les favoris, je savais que Kessiakoff perdait du temps petit à petit. J'ai eu peur du retour des favoris parce qu'en revoyant les images, j'ai vu qu'il y avait quatre coureurs de la RadioShack. J'ai vraiment réalisé à un kilomètre, la voiture FDJ était toujours derrière moi. J'en ai profité, mais c'était dur !
Avez-vous souvenir d'avoir été aussi loin dans l'effort dans votre carrière ?
A chaque fois qu'il y a une arrivée au sommet ou un chrono, je me donne à fond. Aujourd'hui, c'était différent parce que je jouais une victoire d'étape sur le Tour. Je ne réalise toujours pas trop ce que j'ai fait aujourd'hui.
"Ces trois jours, ce n'est que du bonheur"
Vous gagnez près de chez vous. Est-ce que cela ajoute une saveur particulière ?
Samedi, c'était vraiment chez moi. Là, on était en Suisse et il y avait encore beaucoup de monde sur le bord de la route. Demain, ça va être encore un grand moment à Besançon parce que j'ai été dans un club là-bas. Ces trois jours, ce n'est que du bonheur.
Avec votre forme du moment, aviez-vous des signes avant-coureurs qui annonçaient une victoire d'étape ?
Non, je n'irai pas jusque-là. Je ne pensais pas gagner une étape sur le Tour de France cette année. J'ai bien commencé le Tour avec un bon prologue, je savais que la forme était là. Le jour où j'étais le moins bien, finalement c'était samedi et j'étais un peu déçu. Cette fois, j'ai senti que j'avais de bonnes jambes. Donc s'il y avait un moment où je pouvais faire un truc, c'était maintenant. J'avais coché cette étape depuis longtemps, parce que l'échappée avait de bonnes chances d'aller au bout. Le Tour est lancé pour l'équipe, il reste encore deux semaines et j'espère que les copains vont aller en chercher une aussi.
Avez-vous eu peur de ne pas revenir sur Kessiakoff ?
Il est parti d'assez loin quand même. Au pied de l'avant-dernière bosse, il avait 1'45" d'avance je crois. Je savais que je devais attaquer dès le pied pour combler l'écart sur Kessiakoff, qui n'est pas n'importe qui. J'ai attendu Tony Gallopin au sommet de l'avant-dernière ascension, on a fait un bout de chemin ensemble. Au pied de la dernière bosse, j'avais encore 50 secondes de retard mais je savais que j'avais encore un peu de jus. J'ai tout donné et, porté par le public, ça aide. Je ne sentais plus mes jambes à la fin à cause des frissons et du bruit des supporters. C'est vraiment un grand moment.
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