A la veille du contre-la-montre des championnats de France, jeudi à Saint-Amand –les-Eaux, Cyclisme-Mag s’est intéressé à la préparation de cet exercice bien spécifique. L’entraîneur de Saur-Sojasun, Jean-Baptiste Quiclet, qui s’occupe notamment de Jérôme Coppel, nous dévoile les clés de la préparation du chrono, de l’entraînement à la course en elle-même, en passant par l’échauffement.
Jean-Baptiste, combien de séances spécifiques contre-la-montre un spécialiste comme Jérôme Coppel effectue-t-il par semaine ?
Ça varie en fonction des périodes, en fonction des objectifs. Sur une phase de préparation foncière, avec Jérôme on est sur deux séances par semaine. Après, l’éventail peut aller jusqu’à trois ou quatre séances lors d’une approche de championnat, ou d’échéance importante. Après, je différencie les séances avec le vélo de contre-la-montre des « vraies » séances de contre-la-montre avec des intensités. Certains coureurs disent qu’ils ont fait une séance de chrono rien que parce qu’ils ont sorti le vélo de chrono…
Que travaille-t-il ? Sa position ? Ses réglages ?
Les réglages matériels se font en début de saison quand les nouveaux vélos arrivent. On repositionne le coureur, on refait quelques images vidéos et on a la chance de passer aussi par la soufflerie. Après, pour travailler la position, il faut déjà rouler régulièrement avec le vélo, et vient ensuite tout le travail de musculation, au niveau du dos notamment. En ce qui concerne les intensités, cela dépend de la topographie du parcours, des objectifs.
Comment s’effectue le travail de reconnaissance ?
Quand on peut, on essaye d’aller le faire à vélo. Sinon, les directeurs sportifs reconnaissent le tracé en voiture, et récupère un tracé vidéo. Et moi je travaille aussi avec les tracés GPS, et j’arrive à déterminer quelle fraction de puissance il faudra qu’il développe sur tel ou tel passage. En quelque sorte, on préparer un contre-la-montre sans avoir vu le parcours.
"L’échauffement est primordial"
Après, le coureur peut toujours reconnaître le parcours le matin du chrono ?
Oui, c’est automatisé. Le coureur effectue toujours le trajet en voiture le matin, et parfois même derrière un coéquipier si les temps de passage le permettent.
Recueille-t-il aussi des informations auprès de ses coéquipiers ?
C’est l’avantage du leader qui part souvent en dernier, soit par choix soit à cause du classement général. Chez Saur-Sojasun, nous avons en plus l’habitude de demander à tous nos coureurs de faire tous les chronos à fond, on ne sait jamais ce qu’il peut se passer lors d’une course à étapes, le chrono est souvent déterminant. On récupère quelques données physiques, et les temps de passage. Comme ça, tout de suite, on peut faire un briefing avec Jérome et les directeurs sportifs, pour déterminer les passages importants, et les endroits où il faut faire plus attention.
L’échauffement diffère-t-il par rapport à une course en ligne ?
Chez les professionnels, il n’y a pas d’échauffement ou très peu d’échauffement avant une course en ligne. Le contre-la-montre, comme c’est un effort violent sur une durée déterminée et souvent assez courte, l’échauffement est primordial. Le but est de préparer l’organisme à monter en température, pour que le coureur ait le meilleur rendement musculaire dès le départ du contre-la-montre, et de préparer le système cardio-vasculaire à l’effort. Ça c’est le premier point. Après il faut réaliser une série d’efforts additionnels sans entamer le capital physique du coureur. C’est une alternance de vélocité, de récupération, d’effort violent court, d’effort violent long. Il faut que ce soit mesuré et très précis au niveau du timing, tout en balayant tout le panel d’intensités.
Le coureur a-t-il tendance à plus puiser dans ses réserves que lors d’une course en ligne ?
C’est une gestion sur la globalité de l’effort. Certains coureurs sont capables d’aller très loin dans l’épuisement physique lorsqu’ils sont seuls, alors que d’autres coureurs sont plus capables de faire un grand numéro avec le peloton derrière. Quelque part, l’intensité est la même, mais la perception de l’effort est différente.
Durant la course, recevez-vous des données physiques concernant sa performance ?
On peut récupérer ses données de puissance, de fréquence cardiaque et de télémétrie. Après, Jérôme travaille beaucoup avec ses sensations, sans doute à cause de l’influence du ski de fond qu’il a longtemps pratiqué. Il n’a pas besoin de retour de données sur sa puissance pour se rassurer, il a plus besoin d’être encouragé.
Après un chrono, on voit souvent les coureurs continuer à pédaler sur leur home-trainer…
Nous, c’est ce qu’on a standardisé en termes de récupération. Scientifiquement, on récupère mieux en faisant une intensité basse, qu’avec un repos total. C’est ce qu’on appelle de la récupération active, c’est moins brutal, l’évacuation de la fatigue lors du relâchement musculaire se fait plus normalement. C’est une sorte de régénération. L’image du pro qui remonte dans le bus après son chrono, c’est fini. On a vu que c’était moins bien pour le lendemain.
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