Publié par Olivier Chauvet le 27 juillet 2012 à 10h30

Démare:"Juste un outsider"

JO 2012

Arnaud Démare, 20 ans, va disputer les Jeux Olympiques. (Reuters)

Démare:"Juste un outsider"

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A seulement 20 ans, Arnaud Démare vit un rêve réveillé. Le néo-pro de la FDJ, fort de ses cinq victoires cette saison, a été désigné sprinteur de l'équipe de France pour les Jeux Olympiques. Samedi, lors de la course en ligne, le champion du monde espoirs se voit au mieux comme un outsider, et espère saisir sa chance, aux côtés de Tony Gallopin et Sylvain Chavanel.

Arnaud, vous êtes sélectionné pour les Jeux Olympiques dès votre première saison parmi les pros. Cela doit être un sentiment incroyable...
J'étais déjà super content de passer chez les professionnels. On m'a vite mis dans la tête que je pouvais peut-être faire les JO, quand j'ai été champion du monde espoirs (en septembre dernier, ndlr). Au début, je prenais ça à la rigolade. Mais quand j'ai gagné ma première course professionnelle au Qatar en février, je me suis dit "pourquoi pas". Et au fur et à mesure de la saison, avec les victoires, je me disais que j'allais peut-être séduire le sélectionneur. J'y ai vraiment cru avant les Championnats de France. Vu la taille de l'évènement, ça va être une superbe expérience pour moi, même si je suis encore très jeune.

A quel moment de la saison participer aux Jeux Olympiques est-il devenu un objectif ?
Quand j'ai enchaîné mes quatre victoires en février-mars, je me suis mis en tête que j'aimerais bien aller à Londres. Après, je me suis dirigé sur des courses difficiles, et longues, comme le Giro, pour avoir de la caisse et espérer une sélection, parce que ce n'est pas en ne faisant que des Coupes de France qu'on va aux Jeux Olympiques. Quand j'ai su que j'étais sélectionné, j'ai tout mis en oeuvre pour réussir. Je me suis bien préparé, j'ai un peu souffert au Tour de Pologne (10-16 juillet) mais c'est parce que j'avais beaucoup travaillé la semaine précédente. C'était une course rapide, Pro Tour, l'idéal en prévision des Jeux.

Avez-vous déjà disputé des courses aussi longues que celle de samedi (249 kilomètres) ?
Oui, aux Championnats de France (256 km) et sur le Giro, lors d'une étape de 243 kilomètres où ça avait roulé vite toute la journée.

Vous sentez-vous capable de tenir la distance ?
J'espère ! J'ai fait de grosses sorties la semaine dernière à l'entraînement, derrière un scooter, avec mon père. Après, tout dépendra de la course. On sera nombreux, mais peu de coureurs par équipes, donc cela risque d'être assez explosif.

Courir à trois, cela va être compliqué ?
Cela va être forcément spécial. On a plutôt l'habitude de courir à huit ou neuf. Se retrouver à trois la veille au briefing... Il va falloir bien gérer. On a Sylvain Chavanel qui va essayer de nous guider, pour essayer de s'économiser au maximum. Je ne pense pas qu'une équipe pourra contrôler la course. Il nous faudra bien courir, être toujours bien positionné pour réagir, et aller dans les coups.

Même vous, sprinteur, pourrez-vous aller dans les échappées ?
Je ne sais pas ce que va me dire Laurent (Jalabert, le sélectionneur, ndlr). Mais je n'irais pas dans les échappées dans la première partie de la course. Après, s'il y a quelque chose qui se fait dans les quarante derniers kilomètres, il faut faire attention à ce que ça ne parte pas sans nous.

Etre sprinteur de l'équipe de France aux Jeux Olympiques, c'est une sacrée responsabilité ?
C'est clair que je ne m'attendais pas avoir autant de responsabilités si tôt. Mais chez les jeunes, en équipe de France, j'avais déjà ce rôle-là. Ce sera une autre échelle, mais je fais juste partie des outsiders, et encore je suis peut-être prétentieux en disant cela. Il y aura d'autres favoris, comme Sagan ou Cavendish. Moi je suis derrière, j'aurais moins de pression, je pourrais peut-être tirer mon épingle du jeu.

"Ce sera dur de contrôler la course"

Il y a un débat entre les observateurs pour savoir si le parcours favorise une arrivée au sprint. Quel est votre avis ?
Je ne sais pas trop. J'ai vu le parcours sur Internet, j'ai vu les vidéos... C'est difficile à dire. Ce n'est pas comme une course Pro Tour avec des équipes de huit coureurs. Les Anglais veulent faire gagner Cavendish, mais ce sera dur pour eux de contrôler. Ça peut arriver au sprint, mais avant ça me paraît casse-pattes. Pourquoi pas un groupe de vingt ou trente coureurs à l'arrivée...

Quoi qu'il arrive, ces Jeux Olympiques resteront une belle expérience ?
C'est clair. C'est plus que du vélo, tous les sports sont représentés, il y a plein de stars du monde entier. C'est une fête.

Quelle expérience gardez-vous du Giro ?
J'ai appris à frotter un peu plus, à courir en Pro Tour. En quinze jours de course, j'ai aussi progressé physiquement. J'étais parfois limite au niveau du braquet. Et ça m'a permis de m'apercevoir que j'étais vraiment devenu un coureur professionnel.

Avez-vous regardé les sprints du Tour de France ?
Pas toujours. J'ai ma petite vie à côté, mes entraînements. Mais j'ai vu les rediffusions, c'était spectaculaire. Après, je ne m'inspire pas de ça. Chaque sprint est différent. Le modèle-type, c'est toujours la même chose. Ça roule très vite, et après c'est sauve qui peut dans le final.

C'est impossible de tirer des informations d'un sprint à la télévision ?
Ce n'est pas trop mon truc. Je préfère regarder mes vidéos, pour voir mes erreurs.

On remarque que les sprinteurs arrivent plus vite à maturité. Mais comment progresser par la suite ?
C'est vrai que c'est plus ouvert pour un sprinteur en début de carrière. Mais il y a encore beaucoup de domaines où je dois progresser, comme sur le placement ou la concentration à l'approche du sprint. Je peux aussi prendre de la force. Ma première année pro n'est pas encore finie, mais je sens déjà que je prends du volume. Je l'ai encore ressenti à l'entraînement après le Tour de Pologne, j'arrive à tirer du braquet durant plus longtemps. Après six mois de professionnalisme, on n'est pas encore à son meilleur niveau.

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