C'est la très bonne surprise française de la journée. Dans un très bon jour, Sébastien Turgot a pris la deuxième place de Paris-Roubaix. Pour un millième de seconde, photo-finish à l'appui, le coureur du Team Europcar, qui n'a pas calculé, a finalement devancé l'ancien champion du monde Alessandro Ballan sur la ligne d'arrivée au Vélodrome de Roubaix.
Sébastien, racontez-nous votre journée.
Ça s’est bien passé. On a placé un coureur dans l’échappée (David Veilleux, ndlr), après on savait que ça allait se bagarrer dans les secteurs pavés. Il fallait rester bien placé, en essayant de ne pas avoir de pépins, et donner tout ce qu’on avait dès que les leaders décidaient d’accélérer. J’ai vite vu que mes sensations étaient très bonnes. J’ai suivi, j’ai suivi, puis j’ai essayé d’attaquer à 60 kilomètres, pour voir. J’ai vu que ça allait très, très bien. J’ai essayé de rester placé jusqu’à la fin. A 50 kilomètres, Tom Boonen a attaqué et nous a démontré qu’il était au-dessus. Nous, derrière, on essayait de gérer pour essayer de rentrer. Ca s’est joué dans les derniers secteurs. Flecha, Ballan et Boom se sont retrouvés devant, et moi j’étais en contre avec Terpstra. J’ai géré mon effort. On est rentrés sur le Vélodrome, et j’ai tout donné. J’ai fait un peu de piste, ça m’a aidé pour le sprint final.
Ce matin, partiez-vous pour gagner Paris-Roubaix ?
On a toujours des ambitions quand on fait du sport haut niveau. On a toujours un espoir, toujours un rêve. Mais c’est difficile de gagner avec des coureurs de la trempe de Flecha, de Ballan, de Boonen. Cela fait un petit moment que ça va bien, que les jambes sont là. J’ai pris le départ sans pression, alors que d’habitude j’étais plus stressé. Je me suis dit: "Prends le départ, on verra ce que ça va donner." Les kilomètres ont défilé, j’ai vu que les jambes étaient là. Je me suis dit qu’il fallait vraiment se mettre dedans, et j’ai tout donné.
A un moment, vous vous êtes retrouvé à cinq en tête, avec quatre Français dont Sylvain Chavanel. Pourquoi n’avez-vous pas réussi à vous entendre ?
Je ne me souviens plus trop. J’ai parlé à Sylvain, il m’a dit d’attaquer, parce que les autres étaient limites. Alors j’ai tenté ma chance. Les autres devaient être moins bien, notamment le coureur de la BMC (Schär, ndlr) qui a roulé toute la journée.
"Je ne réalise pas trop"
Quand Boonen, le grand favori, est parti à 50 kilomètres de l’arrivé, que s’est-il passé derrière ?
Moi je venais d’attaquer, je commençais à être un peu dans le dur, et mes deux attaques n’ont pas servi à grand-chose, même si je ne les regrette pas. Derrière, il y avait de gros favoris. Ils se sont un peu regardés. Terpstra et Boonen ont pris 15-20 secondes en très peu de temps, et après Boonen a fait son numéro, il était vraiment le plus fort. Tout le monde s’est regardé, personne n’a voulu rouler. Je pense qu’on commençait à être juste.
Par rapport à une étape du Tour de France (il a son actif plusieurs top 10, ndlr), que représente une deuxième place sur Paris-Roubaix ?
Je ne réalise pas trop. Mais c’est quand même extraordinaire. Paris-Roubaix, c’est l’une des plus grandes courses au monde. Pour le Team Europcar, c’est génial. Je réaliserai quand j’aurais vu la famille, ou les autres dans le bus.
Quelles étaient vos précédentes expériences à Roubaix ?
Chez les pros, c’était mon troisième Paris-Roubaix. J’en ai aussi fait un en amateur. L’année dernière, ça ne s’était pas trop bien passé. Je manque encore d’expérience, mais j’ai appris à me placer, j’ai appris à courir.
Vous vous êtes tout de suite senti bien sur cette course ?
Je me rends compte aujourd’hui que c’est une course pour moi, et que les Flandriennes peuvent aussi me convenir. Il faut travailler pour en gagner, pas seulement Paris-Roubaix. Aujourd’hui, les jambes étaient là donc ça ne se passe pas trop mal.
Les Français n’avaient plus l’habitude de briller sur les classiques. Est-ce Sylvain Chavanel qui a montré aux autres qu’il n’y avait que le Tour de France ?
Il y a des Français capables de briller sur les classiques, mais il faut de la réussite, de la chance. Sylvain est un très grand coureur, que j’admire, mais aujourd’hui il n’a pas eu de chance. Ça ouvre la voie. Ça va venir. D’autres Français sont capables de bien marcher, mais aujourd’hui la réussite était avec moi.
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