Publié par Propos recueillis François Tesson , à Roubaix le 8 avril 2012 à 18h20

Boonen: "C'était un peu fou"

Route

Tom Boonen rejoint Roger De Vlaeminck dans l'histoire. (Reuters)

Boonen: "C'était un peu fou"

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Tom Boonen le reconnaît lui-même. Cette victoire, sa quatrième sur Paris-Roubaix, ne ressemble pas aux autres, car ce n'est pas dans les habitudes du Belge de partir seul d'aussi loin. "Je n'avais par prévu de courir comme ça", admet-il. Mais ce que Boonen sait aussi, c'est qu'elle fait de lui l'un des plus grands, si ce n'est le plus grand coureur de classiques de l'histoire.

Tom, partir d'aussi loin, il faut être fou...
Oui, c'était un peu fou. Ce n'est pas quelque chose que je fais souvent. Mais je pense qu'aujourd'hui c'était le jour idéal pour prendre des risques. J'ai obtenu la grande victoire après laquelle je courais, celle pourquoi je travaillais dur depuis 6-7 mois. Je n'avais pas prévu de courir comme ça. Mais quand je me suis retrouvé à l'avant avec Niki Terpstra, je me suis dit: "J'ai déjà gagné le Tour des Flandres, pourquoi ne pas essayer de gagner mon quatrième Paris-Roubaix d'une façon vraiment spéciale ?" Le vent ne m'a pas vraiment aidé, mais quand j'ai vu que l'écart augmentait, je me suis dit que derrière c'était dur pour eux aussi. J'avais juste peur qu'un coureur frais comme Ballan ou Pozzato revienne, avec le Carrefour de l'Arbre ça aurait été impossible pour moi de gagner.

A quoi avez-vous pensé durant les 50 derniers kilomètres ?
Je ne pensais pas à la victoire, je ne pensais qu'à ma condition. Il fallait y aller pavé par pavé, kilomètre par kilomètre. Quand vous démarrez un numéro comme celui-là, et que vous pensez au nombre de kilomètres restants, cela devient encore plus difficile dans la tête. Je pensais juste à faire grimper mon avance seconde par seconde, sans me griller. Je me sentais bien quand j'ai démarré, je pense que c'était la bonne option.

Partir seul, ce n'est pas dans vos habitudes.
Aujourd'hui, c'était sans doute l'une des plus belles journées de ma carrière. Normalement, j'utilise ma vitesse au sprint dans ce genre de courses. C'est plus sûr, pour économiser de l'énergie. Cela me permet de partir à l'avant avec deux ou trois coureurs, comme je l'ai fait lors de mes deux premières victoires ici, je n'ai pas besoin de partir seul parce que si les autres reviennent, vous perdez la course. C'est pourquoi je n'avais encore jamais essayé. Mais je commence à être plus vieux, je connais mon corps, je sais m'économiser et je n'ai pas paniqué. Je voulais arriver avec le plus d'avance possible au Carrefour de l'Arbre.

Aujourd'hui, c'était une victoire à la Cancellara ou à la façon du Tom Boonen espoir ?
Quand j'étais jeune, je n'étais pas sprinteur. Je sais aussi gagner seul. Quand on a les jambes, il faut tenter sa chance. Durant les derniers kilomètres, j'ai pensé à ma petite amie, qui s'occupe de notre nouvelle maison. C'est pour ça que j'ai regardé la caméra, je pense qu'elle a dû pratiquement mourir devant sa télé en regardant la course. Cette victoire est pour elle.

Pas pour Roger de Vlaeminck, que vous rejoignez au palmarès, et qui a souvent été critique envers vous ?
Non, juste pour ma copine.

"Je n'ai pas eu de problème à trouver la motivation pour m'entraîner"

Parlez-nous du Vélodrome...
(Sourire) C'est la seule ligne d'arrivée où vous pouvez faire deux tours devant le public. J'ai vraiment profité, apprécié. C'est ce qui rend Paris-Roubaix si spécial. Une course comme celle-ci mérite un final particulier. En changer serait vraiment stupide.

Quelle différence entre gagner au sprint et gagner en solitaire, où l'on a plus le temps de savourer ?
J'aime aussi gagner au sprint ! C'est toujours différent, mais une victoire est une victoire. Aujourd'hui, je gagne mon quatrième Paris-Roubaix, c'est quelque chose d'unique. Et gagner de cette façon, c'est vraiment très spécial. C'est incroyable !

C'est vraiment la saison de tous les records pour vous.
Je ne m'attendais pas à ça, à ces victoires, à ces records. Je travaillais juste pour être à mon meilleur niveau à cette période de l'année. J'étais déjà content quand j'ai gagné à Harelbeke, et je me suis dit que j'étais en forme pour le Tour des Flandres. Et quand j'ai gagné le Tour de Flandres, je me suis dit que j'étais en forme pour Paris-Roubaix. Mais que je repense à ces dernières semaines, c'est exceptionnel. Je suis le seul à avoir réussi un deuxième doublé Flandres-Roubaix ! Je réalise que je suis peut-être l'un des meilleurs coureurs, si ce n'est le meilleur coureur de l'histoire sur les pavés. Il me faut du temps pour savourer. Mais ma carrière n'est pas finie.

C'est difficile de gagner en cyclisme, mais ça l'est encore plus de gagner à nouveau. Comment faîtes-vous ?
J'adore le cyclisme ! C'est ma onzième saison chez les pros, j'ai eu des hauts et des bas, mais je n'ai jamais eu de problème à trouver de la motivation pour m'entraîner. J'adore ces courses, le Tour des Flandres, Paris-Roubaix, qui sont parmi les plus dures au monde. Quand je me sentirais fatigué, que je n'aurais plus envie de m'entraîner, c'est qu'il sera temps que j'arrête.

La semaine prochaine, vous serez pour la première fois au départ de l'Amstel Gold Race. Pour gagner ?
Je ne sais pas, je ne connais pas la course. Je connais quelques monts, pour les avoir empruntés sur le Ster Elektrotoer ou sur d'autres courses à étapes. C'est une course qui peut me convenir. Mais le contexte est différent, les adversaires sont différents. De nos jours, chaque coureur se spécialise dans les courses qu'il affectionne, et c'est difficile de gagner celles qu'on ne connaît pas. On verra ce qu'il se passera.

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